Repères

Ni une ni deux

Nii une ni deux-titre








Compagnie Arsis

 

avec
Bénédicte Flatet
Juliette Mantrand
François Delime
Martine Dupé

Lumières
Michel Druez

Mise en scène
Martine Dupé

 TEXTE d'EUGENE DURIF DU 20/07/2015
Je suis allé voir 2 fois "Ni une ni deux" mis en scène par Martine Dupé
pour la Cie Arsis. Au garage Mesnier puis dans la salle de Landes-le Gaulois, devant
un public nombreux et familial.
Pour être direct, j'ai trouvé ce spectacle vraiment formidable. Une rencontre
d'une grande justesse entre une pièce qui relève souvent de l'absurde, (et parfois de la
pochade et du calembour plus ou moins labyrinthique...) et des interprètes qui s'en
emparent avec grâce et fluidité, en clowns déjantés et précis, dans une minutie de
virtuoses de la sidération d'être-là, sur ce plateau, où ils nous donnent le sentiment de
réinventer ce texte en le jouant, de le mettre en déséquilibre et perturbation, donc à sa
juste place, et de nous le donner ainsi à entendre avec une jubilation quasi enfantine
qui fait du bien (et qui m'a semblé largement partagée par le public).
J'espère que ce spectacle va être joué, encore et encore... ce ne sera que
justice.

Intentions de mise en scène

Je viens du théâtre, de la tragédie, du texte dit et proféré et je tire des bords vers le silence et vers les clowns de cirque qui m’ont tant apporté.
Aussi, quand Bénédicte Flatet m’a demandé de mettre en scène Ni une ni deux pour la Compagnie Arsis avec l’hypothèse d’un trio de clowns à faire travailler, j’ai accepté avec jubilation.
Avec Ni une ni deux, Eugène Durif poursuit ici son engagement d’auteur à écrire pour les acteurs. Il a le regard d’un chercheur, d’un étonné qui ne banalise pas la vie.
C’est une écriture qui convient aux clowns (les clowns vivent tout pour la première fois, en ce sens ils ont la faculté de l’étonnement), un texte qui exige une présence absolue au plateau, ici et maintenant.
Prendre la parole au ras du silence, comme disait Copeau.
Les mots dans Ni une ni deux sont à prendre au sérieux sans se prendre au sérieux.
Ils sont comme une matière vivante, à rire et à pleurer.
Malgré son apparence absurde, le texte d’Eugène Durif oscille constamment entre gravité et légèreté, entre poésie et critique sociale, entre comédie et tragédie.
Imperceptiblement, au fil des scènes, on entendra le texte nous révéler la société des hommes.
Ni une ni deux, critique féroce de la pensée binaire.
Il n’y a rien de mieux que les clowns pour jouer la Groulle, L’Effarée et le Tiers, acteurs hors du temps, qui sont là, sans avoir de rôle, libres.
Comme dans l’écriture d’Eugène Durif, les clowns prennent les mots au pied de la lettre et nous donnent accès à leur sens caché.
A bras le corps du texte, ils font des pieds de nez aux conventions.
Alors arrive le rire...salavateur !

Martine Dupé
Octobre 2013